Le moulin de Châtillon

DSC02983Le moulin de Châtillon se trouve en bordure de l’Essonne, dans le hameau de Châtillon sur la commune d’Ondreville sur Essonne. Il constitue un ensemble remarquable, relativement bien conservé. Il serait prêt à repartir, une fois la roue remise en état. Ses bâtiments sont répartis autour d’une vaste cour. Le bâtiment principal possède quatre étages.

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La roue « de dessous», d’un diamètre de 6,20m et garnie de 48 aubes en bois d’orme, a une largeur de 1,75m. Son axe est métallique et elle est munie de deux rangées de rayons en bois. Elle est mise à l’abri par la construction d’un toit vers 1870. Bien détériorée, malgré tout, pour la partie immergée, elle ne tourne plus depuis 1960. Le débit de l’eau, donc l’énergie nécessaire à actionner le moulin, était régulé par une vanne plongeante actionnée par un système d’engrenages commandé par un régulateur à boules.

Les meules de 1,80m de diamètre, démontées, se retrouvent dans la cour, enterrées mais visibles dans le passage pour vannage. En place, on les trouvait au premier étage et l’écartement de celles-ci était réglable. En soulevant ou en baissant celle du dessus, on obtenait une mouture plus ou moins finebroyeur_2. Le blé à moudre arrivait par le trou central de la meule supérieure. En 1910, le moulin a subit une grande transformation: les meules en pierre ont été remplacées par des cylindres métalliques avec cannelures. Le blé passait alors successivement dans un fendeur puis un broyeur et enfin dans le convertisseur avec cylindres plats permettant d’obtenir une qualité supérieure. Le moulin pouvait écraser 30 quintaux de blé par jour quand il fonctionnait jour et nuit, mais le meunier était contingenté à 9000 quintaux par an. Nous retrouvons encore le lit fermé du meunier qui pouvait surveiller la nuit le bon fonctionnement du moulin et pouvait être réveillé par la sonnette du régulateur à boules.

Au deuxième étage du bâtiment principal on trouve 18 ensachoirs en tôle ou en bois pour conditionner les farines de différentes qualités, les gruaux et les sons:
– le « gros son» fait de l’écorce de blé destiné aux lapins,
– les « recoupettes», son plus fin pour les vaches,
– le « remoulage» qui n’était que de la farine pas blanche, pour la pâtée des cochons.

Au troisième étage, le plansichter qui est un ensemble de 8 tamis superposés en soie ou métalliques, horizontaux animés d’un mouvement circulaire, va permettre d’obtenir plusieurs qualités de farine, de gruaux et de sons qui descendront dans les trémies d’ensachage à l’étage inférieur.

La fleur de farine permettait de fabriquer le pain blanc ; le gruau était un mélange de fleur de farine et de son très fin ; le gruau «gris» sans fleur était de moins bonne qualité et donnait le pain bis, le pain du pauvre.

C’est au quatrième étage que l’on retrouve le monte-sac actionné par un système de poulies et de courroies ainsi que le tarare « Rose» pour nettoyer le grain et le calibrer avant de l’envoyer au broyage avant qu’il passe dans le « mouilleur». Des élévateurs en bois garnis de courroies en cuir sur lesquelles sont fixés des godets permettent le transport des différents composants.

Plus tard, ce moulin permit la fabrication d’électricité grâce à une dynamo de sous-marin de marque Bréguet. Ce courant continu de 120 volts servait à actionner un coupe-racines de betteraves, base de l’alimentation du bétail en hiver et l’éclairage de la maison qui faisait suite à la lampe Pigeon, du nom de son inventeur.

DSC07867 copiePour le bon fonctionnement de son moulin, le meunier devait maintenir également le niveau de l’eau de la rivière par une surveillance constante. L’administration avait fixé un niveau à ne pas dépasser afin d’assurer également la quantité d’eau nécessaire au moulin suivant et à éviter les inondations en amont. La « pierre de niveau» est toujours visible et en service et vérifiée, de temps en temps, par les agents de l’état. C’est pour cela qu’il y avait souvent un lavoir à côté de ce repère car le niveau d’eau était intéressant pour laver le linge. À Châtillon, cet ancien lavoir de 1,40 sur 7 mètres existe toujours mais n’est plus utilisé. Lieu de litiges, la « pierre de niveau» était le juge de paix des propriétaires avoisinants qui étaient inondés.

Le meunier vivait isolé dans son moulin, à l’écart du village. Par son travail, il était souvent devenu riche, respecté. Par la suite, ses conditions de vie se sont détériorées et celui qui n’a pas su s’adapter au progrès a vu sa fortune fondre au fil de l’eau jusqu’à faire parfois faillite.

Les meuniers fournissaient en farine les boulangeries de Puiseaux, Augerville, Givraines, Yèvre le Châtel et Briarres. Deux voitures à chevaux bâchées appelées farinières étaient nécessaires pour livrer la farine. Le blé provenait de la graineterie André puis de la Coopérative de Puiseaux et un sac de blé était censé donner 60 à 70 kg de farine. Le reste était supposé être du son.

Les milieux naturels aux abords du Moulin de Chatillon

Si l’on reconnait souvent l’importance du patrimoine bâti en vallée de l’Essonne, on a du mal à juger de la qualité du patrimoine naturel. Autour du moulin de Chatillon, différents acteurs locaux se sont donné pour objectif de valoriser cet espace naturel pour le plus grand nombre.

dsc00912Un moulin à eau est par définition en liaison avec un élément naturel majeur de nos paysages ruraux : l’eau courante. Planté au bord de l’Essonne, celui de Châtillon est au contact de la rivière et des marais qui y sont joints. Cet ensemble est intégré dans le réseau des sites naturels européens remarquables « Natura 2000 » pour la richesse du milieu et la rareté de certaines espèces (poissons rares entre autres).

Les espaces du fond de vallée sont très diversifiés avec des forêts alluviales et des grandes roselières, riches en espèces végétales et animales mais également site majeur de régulation des crues de l’Essonne. Les activités humaines y sont limitées et il apparait même aujourd’hui nécessaire qu’un entretien durable y soit remis en fonction comme cela était pratiqué les siècles passés depuis la création des moulins (coupe de bois, fauche, pâturage…). Cela passe par des plans de gestion cohérents et surtout l’implication du plus grand nombre.

Des propriétaires, collectivités et associations ont déjà, depuis plus de 10 ans, mené des opérations techniques visant à mieux connaitre les espèces présentes (inventaires botaniques, suivis d’oiseaux, pêches électriques…) et des travaux d’aménagement du milieu (régulation des saulaies, fauches de roselières…). De plus la gestion de l’Essonne tend à répondre aux attentes européennes environnementales sur la libre circulation de l’eau et des espèces aquatiques et des aménagements exemplaires sont aujourd’hui visibles au moulin de Châtillon.

Après des années d’actions dispersées, de nombreux acteurs se retrouvent autour du projet du moulin de Châtillon pour que ce site permette de transmettre des savoirs sur les bonnes pratiques de gestion des milieux naturels. Le syndicat de rivière, les structures associatives de chasse et de pêche, dans le cadre de leurs activités de gestion des espèces, ainsi que des groupes scolaires ont déjà œuvré pour communiquer sur ces thèmes.

Il reste aujourd’hui à optimiser ces partenariats et à les élargir avec d’autres activités socioculturelles pour faire du moulin de Châtillon un site remarquable tant par la richesse de son histoire humaine que par celle des milieux naturels que l’Homme a su gérer depuis des siècles. L’avenir de la biodiversité de toute la haute vallée de l’Essonne et des vallées voisines passe donc par le moulin de Châtillon qui pourrait devenir un espace pédagogique majeur pour traiter de cette thématique.