Historique du moulin de Châtillon

Ce petit historique reprend pour partie le texte paru dans le Bulletin de la Société Archéologique de la région de Puiseaux « L’Essonne et ses moulins à eau entre Pithiviers et Malesherbes » (n°13, 1990).

En 1022, Robert le pieux, roi de France, approuve le don du domaine d’Ondreville et de Francorville à l’abbaye de Micy Saint-Mesmin : « Nous voulons favoriser de tout notre pouvoir les intérêts des pieux serviteurs du Christ. Sachent donc tous que l’abbé Albert, venu en notre présence, a prié notre bienveillante munificence de donner à son monastère la terre d’Ondreville. Nous l’avons fait, avec le consentement de Regina, femme veuve, et de Tetduin, son fils, clerc, qui possèdaient cette terre en bénéfice ; et nous voulons qu’elle soit exemptée de toute charge fiscale, afin que les moines prient Dieu pour le salut de mon âme, de celle de Constance, mon épouse, de celle d’Hugues, mon fils, et de ses enfants. Pour que cet acte demeure stable, nous le confirmons de notre sceau et de celui de nos fidèles serviteurs. Une partie de cette terre, appelée Ondreville, avec son église, ses moulins et leurs dépendances, est située sur la rivière d’Essonne, dans le Gâtinais ; l’autre partie, nommée Franconville, est sur le pagus d’Étampes… ». Cette donation d’Ondreville et de Francorville indique l’église, les moulins, les constructions et toutes choses adjacentes. On peut donc imaginer que le moulin de Châtillon, s’il existait déjà, faisait partie de la donation.

Ondreville sera la propriété de l’abbaye de Micy Saint Mesmin jusqu’à la révolution. Le domaine de Francorville deviendra assez vite propriété des comtes de Melun. La ferme de Châtillon reviendra au prieuré Saint-Victor de Puiseaux suite à un échange.

Le moulin de Châtillon est donc situé entre le domaine d’Ondreville, propriété de l’abbaye de Micy Saint-Mesmin, le domaine de Francorville, propriété des comtes de Melun et le domaine du prieuré Saint-Victor de Puiseaux. On peut penser qu’il est resté lié au domaine d’Ondreville et à celui de Francorville. En 1395 un acte confirme ceci car il indique que le revenu du moulin de Châtillon dépend pour moitié de l’abbaye Saint Mesmin et pour moitié de la seigneurie de Francorville.

Le 23 juillet 1405, Robert Panon, seigneur de Francorville, présente « l’acte de foi et hommage pour l’Ostel de Francorville a lui échu par don de sa femme » qui est enregistré à la Chambre des Comptes de Paris en ces termes : « Le Seigneur de Chastenoy tient en fié à Francorville un habergement et la cloaison si comme le tout se comporte : – Item deux molins c’est assavoir Chastillon et Fancoriau… ». Le moulin de Châtillon fait donc partie de la seigneurie de Francorville. Il suivra pendant plusieurs siècle les vicissitudes de cette seigneurie.

Fin janvier 1720, Pierre de Marolles, seigneur d’Aulnay, informe le procureur du roi à Orléans qu’il a acheté pour 38000 livres la seigneurie de Francorville près Briare et obtient le 22 juin suivant le droit de retrait féodal. En 1724, il présente l’hommage de Francorville et reçoit cette même année les lettres patentes du roi : « Louis, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, à tous présents et à venir, Salut. Nostre très cher et bienaimé Pierre de Marolles, sieur de Rocheplatte… nous a fait représenter qu’il se trouve seigneur et propriétaire des fiefs, terres et seigneureries d’Aulnay la Rivière, Chilveau, les Grèves, Villeneuve, Farrault, Beauval, Montmirail, la Barde, la Ronce, Francorville, Ondreville en partie et Fousseraut… ». Le moulin de Châtillon devient la propriété du seigneur de Rocheplatte.

Le premier meunier connu s’appelle Jean Mercier. Né en 1728 à Courances, il meurt en 1791 à Puiseaux. Jean Mercier dit « l’aîné », meunier à Châtillon, a eu dix enfants dont trois fils qui ont été meuniers (Jean « le jeune » (1748-1788) meunier à Francorville, Jean « le plus jeune » (1752- ) meunier à Buisseau, Jean Etienne (1755-1790) meunier à Charreau puis à Châtillon) et deux filles mariées à des meuniers (Anne Françoise (1751-1806) mariée à Mathurin Baudon meunier à La Groue, Jeanne (1761- ) mariée à François Couté meunier à Farault).

Son fils ainé, Jean « le jeune », est né à Gretz sur Loing, les autres enfants à Malesherbes. Donc Jean « l’aîné »  s’est installé à Châtillon après 1768, date de naissance de son dernier enfant. Sa fille Anne Françoise (1751-1806) se marie à Ondreville en 1780. Il est donc à Châtillon en 1780.

En 1786, Jean « l’aîné » loue le moulin à son troisième fils Jean Etienne par un acte passé devant Maître Miger notaire à Aulnay. Jean Mercier est donc propriétaire du moulin qu’il a du acheter au comte de Rocheplatte. Jean-Étienne est meunier à Châtillon jusqu’à sa mort en 1790.

En 1795 une série de procès-verbaux sont établis à propos d’un différend sur le niveau d’eau avec le meunier du moulin de Charreau. Ces textes indiquent que le meunier du moulin de Châtillon s’appelle François Venard et qu’il est locataire. Il travaille avec son épouse, Madeleine Bouvard, son serviteur François Lainé et sa servante Anne Chaumet. Sur un des procès-verbaux le « citoyen Baudon meunier du moulin de la Groüe commune d’Ondreville » est cité comme « propriétaire en partie du moulin de Chatillon ». Mathurin Baudon, meunier à La Groux, est l’époux de Anne-Françoise Mercier, une fille de Jean Mercier.

En 1807 Jean Louis Mercier est indiqué meunier au moulin de Châtillon sur l’acte de naissance de son fils Jean. Jean Louis Mercier (1785-1842) est un fils de Jean « le jeune », le fils ainé de Jean « l’ainé ». En 1837 un acte le signale encore comme meunier à Châtillon. Il est maire du village autour de 1840.

En 1847 son fils, Jean-Etienne Mercier (1818-1869), est meunier. Il est marié avec Éléanore Pochon. Il décède en 1869 et son épouse reste patronne du moulin quelque temps.

Leur fils Jean-Louis (1844-1904), dit Ernest, prend ensuite la direction du moulin. Il est indiqué maitre meunier dans les recensements de 1876 à 1896. En septembre 1880 un arrêté de la préfecture d’Orléans autorise M. Jean-François Mercier à mettre en activité le moulin. Jean-François Mercier (1824-1904) est un frère de Jean-Étienne, donc un oncle de Ernest. Il doit être copropriétaire du moulin. En 1892 un inventaire nous apprend que le meunier a fait faillite. La prisée du moulin s’élève à 16335 francs. L’inventaire mentionne une roue dont le diamètre atteint 6,20m, munie de 48 aubes de 1,20m de large, qui entraine une paire de meules de 1,80m de diamètre. Le moulin est probablement acheté par M. Hautreux en 1893 ou début 1894. En août 1894, une lettre est envoyée au sous-préfet de Pithiviers par M. Hautreux, propriétaire du moulin de Châtillon. En mars 1896 deux lettres de l’entreprise Malliary indique comme propriétaire du moulin M. Hautreux. En septembre 1896 un procès-verbal de récolement indique comme propriétaire du moulin Jean-François Mercier, habitant à Paris. Est-ce une erreur de l’administration ou est-ce que Jean-François Mercier a racheté le moulin ? Vers 1900, Ernest Mercier est encore meunier à Châtillon. Est-il encore propriétaire ou simplement locataire ? Le moulin appartient ensuite à la famille Columeau.

En 1901 le meunier est Eugène Garnier.

En 1907, le moulin est la propriété d’Adrien Santerre, époux Corneille, lequel eut trois filles, Germaine, Alice et Lucienne et deux garçons, Gaston et Adrien. Il est transmis en 1937 à son gendre Laurent David, époux de Lucienne Santerre. L’exploitation du moulin cesse en 1959. Leur seul fils survivant, Luc David, décède en 2002. La commune d’Ondreville rachète le moulin en 2003 en usant de son droit de préemption.